Pas lieu d’être / Philippe Lignières

Au nom de la sécurité ou de l’hygiène, un urbanisme de la non-assistance s’organise froidement. Synonyme depuis toujours de civilisation, d’ouverture et de solidarités complexes, la ville se morcelle et se ferme de plus en plus à l’autre. Les victimes auxquelles on pense en premier sont les sans-abris. Mais au-delà, c’est toute la façon de vivre dans et de la cité qui en pâtit. Dans cet urbanisme de la surveillance et de la suspicion, la mission historique de la ville, faite de rencontres, de confrontations parfois difficiles mais constructives d’un être ensemble, se dissout peu à peu.

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Pourquoi ce titre ? Il existe aujourd’hui certaines catégories de personnes dont la présence dans la cité semble jugée superflue et inconvenante, gênante, insupportable voire intolérable. Des gens qui, en quelque sorte, ne font pas partie de la communauté supposée des citadins-citoyens et qui, de ce fait, doivent être évincés des lieux qu’aiment à fréquenter ces derniers. En un mot, des « indésirables » qui n’ont « pas lieu d’être » dans la ville.

Qui sont-ils ? Depuis plus de deux décennie, ministres de l’Intérieur et gardes des Sceaux, toutes couleurs politiques confondues, se sont relayés pour en faire dresser la liste. Une liste toujours actualisée et complétée pour inclure de nouvelles catégories : clochards, vagabonds, mendiants, zonards, sans-abri, réfugiés, sans-papiers, prostituées, etc. Et, plus largement : des pauvres, de plus en plus nombreux et, surtout, de plus en plus visibles dont le tort principal est de venir, par leur seule présence, polluer l’environnement urbain.

Au nom de l’idéologie sécuritaire, on persuade « l’opinion publique » qu’il y a des individus qui ne sont pas à leur place et, donc, qui n’ont pas leur place dans certaines rues, sur les places ou les « dalles », dans les squares ou les parcs, dans les gares, les stations de métro, les centres commerciaux, etc.

Que leur reproche-t-on ? D’être sales, mal habillés, parfois bruyants, étranges – et souvent étrangers ! -, inquiétants, menaçants. À l’instar des « inemployables » avec lesquels ils se confondent d’ailleurs souvent, rejetés d’un « marché du travail » « flexibilisés » par la globalisation capitaliste, ce sont des gens « en trop ».

Ce sont les différentes facettes de cette « écologie de la peur » que montre le Pas lieu d’être. Le cinéaste, Philippe Lignières, auteur de ce documentaire décapant, en résume bien le propos :

« Au nom de la sécurité ou de l’hygiène, un urbanisme de la non-assistance s’organise froidement. Synonyme depuis toujours de civilisation, d’ouverture et de solidarités complexes, la ville se morcelle et se ferme de plus en plus à l’autre. Les victimes auxquelles on pense en premier lieu sont les sans-abri. Mais, au-delà, c’est toute la façon de vivre dans et de la cité qui en pâtit. Dans cet urbanisme de la surveillance et de la suspicion, la mission historique de la ville, faite de rencontres, de confrontations parfois difficiles mais constructives d’un “être ensemble”, se dissout peu à peu. »

Jean-Pierre Garnier

Sources : http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/12554_1

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